« Il entend quand il veut. »

C'est l'une des phrases que j'entends souvent en consultation. Elle est dite par un fils, une fille ou un conjoint, parfois avec agacement, souvent avec lassitude.

Sous-entendu : ce n'est pas l'oreille, c'est la bonne volonté. Il répond quand ça l'intéresse, mais semble faire la sourde oreille au mauvais moment.

Je comprends cette impression. Mais elle est très souvent trompeuse.

Car entendre certaines voix et pas d'autres n'est pas un caprice. C'est souvent le signe d'un mécanisme physiologique précis, encore mal compris : la perte de certaines fréquences, en particulier les sons aigus.

La perte auditive ne baisse pas seulement le volume. Elle efface certaines fréquences.

Voilà l'idée centrale à retenir.

Quand l'audition se dégrade, elle ne baisse pas comme un simple bouton de volume qu'on tournerait vers le bas. Si c'était le cas, tous les sons deviendraient simplement plus faibles, de manière égale.

Mais la réalité est différente. La perte auditive touche souvent d'abord certaines zones de fréquences bien précises. Et dans de nombreux cas, elle commence par le haut du spectre : les sons aigus.

Concrètement, les premiers sons à devenir moins clairs sont souvent les sons hauts : les voix de femmes, les voix d'enfants, et certaines consonnes comme le « s », le « f », le « ch » ou le « t ».

Or, ce sont précisément ces consonnes qui donnent de la clarté à la parole.

Les voyelles, plus graves, restent souvent audibles plus longtemps. C'est pourquoi une personne en début de perte auditive peut dire : « J'entends bien que vous parlez, mais je ne comprends pas. »

Elle reçoit le son. Mais elle a perdu une partie des détails qui rendent les mots intelligibles.

Une image simple permet de comprendre : c'est comme si, dans une phrase, on retirait plusieurs consonnes importantes. « Le chat est sur le siège » devient presque :

« _e _a e _ur _e _iè_e »

Le volume peut sembler présent. Mais le sens, lui, devient flou.

Le test des deux voix

C'est là que le fameux « il entend quand il veut » s'effondre.

Prenez un grand-père dont l'audition baisse surtout dans les aigus. Son fils, avec une voix d'homme plutôt grave, lui parle dans une pièce calme : il comprend assez bien. Quelques minutes plus tard, sa petite-fille de six ans, avec une voix plus haute et plus claire, lui raconte sa journée : il ne saisit qu'une partie des mots.

Pour l'entourage, le contraste est déroutant. « Il a très bien entendu son fils tout à l'heure… et là, il ne comprend pas la petite ? Il fait semblant. »

Mais il ne fait pas semblant. Il ne choisit pas ce qu'il entend. Il entend mieux certaines fréquences que d'autres. Ce n'est pas de la sélection. C'est de la physiologie.

Ce mécanisme est fréquent dans la presbyacousie, une forme courante de perte auditive liée à l'âge. Elle ne rend pas sourd d'un coup. Elle retire la parole par petits morceaux, en commençant souvent par les sons les plus fins.

Ce que ça change, concrètement, pour vous

Si vous lisez ces lignes en pensant à un proche, retenez ceci : ce comportement qui vous agace n'est pas de l'indifférence. C'est peut-être un signe clinique.

Et le reconnaître pour ce qu'il est change beaucoup de choses. Cela permet d'arrêter de voir un manque d'attention, et de commencer à voir un besoin.

Il y a aussi une raison importante de ne pas attendre. Une perte auditive non prise en charge peut progressivement isoler la personne. Elle parle moins en groupe. Elle évite les endroits bruyants. Elle se fatigue à suivre les conversations.

Ce retrait progressif peut peser sur le moral, sur les liens familiaux et sur la qualité de vie. Plus on agit tôt, plus on peut préserver la place de la personne dans les conversations qui comptent.

Un bilan ne veut pas dire un appareil

Un point essentiel mérite d'être rappelé : faire un bilan auditif ne signifie pas porter automatiquement un appareil.

Un bilan, c'est d'abord savoir où l'on en est. C'est une évaluation calme et précise de l'audition. Elle permet de comprendre ce qui se passe, de mesurer les difficultés réelles et d'identifier les options possibles.

Aucune décision n'est imposée. Aucune conclusion n'est précipitée. Le premier rendez-vous est d'abord une conversation.

À retenir

La perte auditive ne baisse pas seulement le volume. Elle touche souvent d'abord les sons aigus : les voix d'enfants, les voix de femmes et certaines consonnes essentielles à la compréhension. C'est ce qui explique qu'une personne entende certaines voix, mais pas d'autres.

Ce n'est pas une question de volonté. C'est une question de fréquences.

Si quelqu'un vous est venu à l'esprit en lisant cet article, parlez-lui-en avec douceur. Chez Slimani Audition, nous accompagnons les familles depuis 1989.